1. Décoloniser : une démarche heuristique
Depuis les années 1970, la décolonisation des savoirs est à l’agenda de la communauté scientifique. Partant du postulat que les savoirs occidentaux sont hégémoniques, cette théorie s’efforce de légitimer d’autres systèmes de connaissances. Or l’archivistique, en tant que science, ne contribue-t-elle pas à cette hégémonie des savoirs occidentaux et à la négation des autres systèmes de connaissances ? Dans quelle mesure les théories décoloniales ont-elles influencé la pensée archivistique dans le monde dans les dernières décennies ? L’archivistique, en tant que science, peut-elle faire l’objet d’une décolonisation et si oui, comment ? Dans quelle mesure enfin les différentes situations coloniales – pour reprendre l’expression de Georges Balandier – influent-elles sur la manière d’appréhender ces questions ?
2. Décoloniser : une démarche archivistique
Services d’archives et archivistes mettent en œuvre tout un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être hérités de leur formation et de leur déontologie professionnelle, qui se traduisent au quotidien dans les opérations concrètes d’évaluation, de sélection, de tri, de description et d’indexation, de conservation, d’accès et de valorisation. Dans quelle mesure ces dernières doivent-elles réévaluées et modifiées à l’aune du questionnement autour de la décolonisation des savoirs et des archives ? Comment cette approche se traduit-elle plus particulièrement dans un établissement qui, comme les Archives nationales d’outre-mer, est voué à la conservation d’archives associées à la colonisation européenne ? Qu’implique-t-elle dans la définition de la politique du service ?
3. Décoloniser : une démarche partagée
Le Conseil international des archives, lors de la Conférence internationale de la table ronde des archives (CITRA) de Cagliari, en 1977, a mis en avant la notion de patrimoine commun. Décoloniser des archives coloniales, dans la mesure où celles-ci concernent à la fois pays colonisateurs et pays colonisés, mais aussi, au sein de chacun de ces pays, différents types de communautés, constitue une démarche d’autant plus complexe que l’espace et le temps peuvent avoir exacerbé les tensions. Est-il possible aujourd’hui de mettre en œuvre une démarche partagée dans la gestion des archives coloniales et, si oui, comment ? Comment peut-on prendre en compte les intérêts parfois divergents des différents acteurs ? En quoi les approches de travail participatif avec les publics sur des archives non coloniales peuvent-elles constituer des sources d’inspiration ?
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Edouard Vasseur (4 juin 2026). Séance du 21 mai 2026. Décoloniser les archives coloniales ? Table-ronde avec Fabienne Chamelot (Centre Jean-Mabillon et DYPAC-UVSQ), Bérengère Piret (Université catholique de Louvain-Archives de l’Etat en Belgique) et Romain Joulia (Archives nationales d’outre-mer). Administration et archives, XVIe-XXIe siècle. Consulté le 8 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16c3m