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Richard Olney, English archives. An historical survey, Liverpool, Liverpool University Press, 2023.

La synthèse de Richard Olney s’inscrit dans un contexte de publication bien précis : l’ouvrage est issu d’un partenariat entre la British Record Association (BRA)et les presses de l’université de Liverpool. Fondée en 1932, la BRA est une association visant à promouvoir la conservation, la bonne appréhension et l’accès aux archives. Elle possède son journal bi-annuel, Archives.R. Olney est archiviste. Il a travaillé aux Archives du Lincolnshire de 1969 à 1975 puis comme Assistant Keeper à la Royal Commission on Historical Manuscripts de 1976 à 2003. Membre de la Société des Antiquaires de Londres et de la Royal Historical Society, il a donc une expérience concrète des archives tant au niveau local qu’au niveau central ; il a également pu rencontrer de nombreux historiens.

Le livre se donne comme objectif de reparcourir l’histoire de la conservation des archives en Angleterre. Dans l’introduction, l’auteur définit les termes essentiels « archive », « record », « document » et insiste sur son ambition de faire une histoire des archives plutôt que de l’archivage. Le terme record peut être traduit par « écrit ». Olney définit ainsi les records : « documents that preserve the evidence of facts or events », « any group of archival documents ». L’ouvrage est divisé de manière chronologique en trois parties. À l’intérieur de ces parties, les chapitres se succèdent chronologiquement en suivant à chaque fois la même trame thématique. Olney met en valeur les conséquences des grands évènements de l’histoire de l’Angleterre – de la première Révolution anglaise (chap. 7) aux bombardements de la Bataille d’Angleterre (chap. 12) – sur les archives, entre destructions par le feu et par l’eau, déplacements et conservation d’épaves. L’auteur a élaboré un glossaire placé en début de volume, pour les termes liés aux archives et à l’archivage. 67 mots sont ainsi définis. Le public visé est en premier lieu celui des archivistes et des historiens, mais l’ouvrage est également destiné aux non-spécialistes qui s’intéressent à la manière de conserver les traces du passé en Angleterre.

L’ouvrage apporte une contribution majeure à la recherche existante dans le domaine de l’histoire des archives, spécialement en Angleterre où Olney est l’un des premiers à adopter une perspective historique sur un temps aussi étendu. La première partie s’étend des environs de 675 à 1530, la deuxième va jusqu’en 1830 et la dernière aborde la période contemporaine jusqu’en 1980. L’auteur assume de ne pas évoquer les bouleversements survenus après cette date, choisie comme terme de son étude. Une telle perspective permet d’observer la naissance des grandes institutions de conservation comme le State Paper Office en 1610 (chap. 7) ou le Public Record Office en 1838 (chap. 11), et leur développement dans le temps long, ainsi que les changements opérés dans leur organisation. Olney veille ainsi à rappeler un certain nombre de dates charnières telles que l’instauration des registres pour les actes de baptême, de mariage et de sépulture en 1538 (chap. 6), qui entraîne l’émergence et la formalisation d’un nouveau type de source.

L’archiviste aborde de surcroît un grand nombre de types de producteurs d’archives. Pour chaque chapitre sont traitées successivement les archives du gouvernement local, celles de l’Église, des institutions et organisations séculières, des entreprises, des propriétés, des familles et personnes individuelles. Le livre est donc particulièrement complet et riche en exemples précis pour chacun de ces producteurs, tels que le cartulaire particulièrement précoce de Worcester (chap. 2). La géographie de l’Angleterre est peu à peu esquissée à l’intention du lecteur, les exemples étant tirés de différents comtés. La place de l’Église est longuement étudiée, en particulier avec la perte de sa primauté en matière d’archives au profit de l’État (chap. 3) au XIIIe siècle. Un changement de paradigme s’opère avec la dissolution des monastères à la fin des années 1530 (chap. 6), dissolution qui entraîne l’envoi de nombreux documents à Londres et la mise en place d’une nouvelle institution, la Court Of Augmentations. L’auteur évoque aussi le cas de la classe sociale spécifique qu’est la gentry, notamment commerçante, dont les archives connaissent un net développement au XVe siècle (chap. 4).  Au XVIIIe siècle, la production d’archives se fait pour de nombreuses organisations tant au niveau central qu’au niveau local (chap. 10), une caractéristique appelée à perdurer. Un autre intérêt majeur de ce livre est l’accent mis par Olney sur les aspects matériels de la conservation des archives. Il y consacre même un chapitre entier, le cinquième : « Archival Furniture in Medieval England ». Ce développement constitue la seule rupture dans le plan chronologique. Il évoque les meubles utilisés : coffres (en bois puis en métal) et armoires notamment, le coffre médiéval classique apparaissant vers 1200. Sacs en toile ou en cuir sont utilisés à la Chancellerie. Enfin, les typologies de documents sont énumérées tout au long de l’exposé, un des premiers exemples étant le chirographe prisé par les grands propriétaires laïcs (chap. 1). Les registres sont présents chez différents producteurs, que ce soit dans les archives diocésaines au XIIIe siècle (chap. 2) ou, pour le Treasury Secretary, les registres de procès-verbaux rendant compte de l’activité du département (chap. 9).

Quelques manques subsistent néanmoins. La postface ne revient qu’en quelques paragraphes rapides sur les derniers développements des quarante dernières années. De plus, quelques illustrations de types de documents spécifiques – le chirographe – auraient rendu l’exposé plus concret pour les non-spécialistes.

Saluons toutefois les liens renforcés entre archivistes et historiens dont Olney se fait l’écho en conclusion où il s’appuie sur les réflexions de Jacques Derrida pour inviter à remettre au centre de l’attention générale les caractéristiques de l’archive.

Camille Gourtay