Édouard VASSEUR (École nationale des chartes-Chaire UNESCO « Les archives au service des nations et des sociétés africaines »), À l’heure de la post-vérité, la preuve par les archives est-elle encore audible ?

En introduction, Édouard Vasseur rappelle que si le terme « post-vérité » a fait une entrée remarquée dans l’espace public en 2016, il recouvre en fait une réalité qui s’est imposée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et qui accompagne la montée en puissance de l’internet et des réseaux sociaux. Ceux-ci, notamment à l’occasion du Brexit et de l’élection présidentielle américaine, ont servi d’accélérateur à la diffusion des mécanismes de désinformation à l’œuvre de toute éternité.

Dans la première partie de son intervention, É. Vasseur étudie le rapport entretenu entre archives, preuves et vérité depuis l’irruption de la post-vérité, à travers quatre études de cas : la demande d’accès aux cahiers citoyens produits dans le cadre de la crise dite des « gilets jaunes » en France par des collectifs citoyens et des chercheurs ; la recherche des dossiers les concernant par des individus en quête de vérité sur leur vie et leurs origines ; la collecte systématique de traces (textes, photographies, vidéos,  etc.) pouvant servir de preuves en justice et documenter les conflits contemporains (Syrie, Ukraine, etc.) ; le combat pour l’ouverture des archives liées aux conflits survenus en territoire colonial. Tous ces cas montrent que le rapport aux archives est ambivalent, installé entre confiance absolue dans les énoncés véhiculés par les archives et remise en cause systématique de ceux-ci au regard de la mémoire de ces événements portés par les contemporains ou leurs descendants.

Dans une seconde partie, É. Vasseur s’interroge sur ce qui tend à réduire la confiance dans les archives à l’heure de la post-vérité, au travers d’une revue de littérature. Quatre arguments semblent émerger de celle-ci : la fragilité du système de preuve existant avec le développement des archives nativement numériques, plus facilement manipulables et modifiables que leurs prédécesseurs physiques et analogiques ; la valorisation d’autres systèmes de preuves (preuve orale utilisée par les populations autochtones, par exemple), des témoignages et de la mémoire, qui conduisent à remettre en cause la prévalence de l’écrit sur laquelle est fondée la théorie archivistique ; l’affirmation en archivistique d’autres valeurs que la valeur probante à la faveur de l’« archival turn », notamment de l’importance des émotions ; enfin la remise en cause de l’autorité des institutions et de la qualité d’expert des spécialistes de la gestion de l’information que sont les archivistes.

En conclusion, É. Vasseur revient sur l’article « Evidence, memory, identity, and community: four shifting archival paradigms » publié par Terry Cook en 2013 dans Archival Science, et estime que si la littérature archivistique et la pratique des usagers remettent en cause l’obsession de la preuve dans la théorie et la pratique archivistique, la preuve et la recherche de la vérité au moyen des archives restent encore, au temps de la post-vérité, et même en dehors de la communauté archivistique, largement au cœur de la conservation des archives et des attentes des usagers.

Edouard Vasseur
Edouard Vasseur

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Edouard Vasseur (11 juillet 2025). Édouard VASSEUR (École nationale des chartes-Chaire UNESCO « Les archives au service des nations et des sociétés africaines »), À l’heure de la post-vérité, la preuve par les archives est-elle encore audible ? Administration et archives, XVIe-XXIe siècle. Consulté le 17 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14c14


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