Archives va-t-en- guerre.
Pourquoi détruire des archives quand on peut s’en servir ? Outre que le parchemin brûle moins bien que le papier, il peut servir à d’autres fins. Longtemps l’écrit est allé à l’écrit : les actes (ou pages de manuscrits) inutiles ou jugés tels ont été utilisés dans des opérations de reliures (renforts, couvertures) de manuscrits d’abord, mais aussi d’imprimés. En 1792, la France entre en guerre contre le Saint-Empire. Les archives aussi.
L’armée avait un besoin incessant de gargousses, ces sacs de forme cylindrique destinés à accueillir les charges de poudre. Les papiers forts et les parchemins étaient parfaitement adaptés à cet usage. Cela tombait bien : avec la Révolution française, l’afflux d’archives, nationalisées en même temps que les biens des institutions, personnes morales physiques ou privées visées par diverses mesures législatives, était tout bonnement inédit. Dès le 13 janvier 1793 une instruction préconisait la remise de parchemins pour la fabrication des gargousses de l’artillerie de marine. À partir de la fin de 1794, les arsenaux reçurent un nombre croissant et régulier de gargousses en parchemin.
Cette activité se poursuivit durant toute la période révolutionnaire, singulièrement dans les départements des zones frontières, et même encore jusqu’en pleine Restauration. La Monarchie de Juillet mit fin à ce service militaire obligatoire des archives et fit rechercher les gargousses non encore utilisées ou explosées et toujours présentes dans les arsenaux. Ces glorieuses épaves archivistiques furent alors remises aux archives départementales et nationales ou aux bibliothèques publiques. [O.P.]
Bibliographie : Delsalle 1993. – Héron de Villefosse 1909. – Laborde 1854.