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Layette

Archives à tiroir.

La layette est une boîte de petites dimensions, soit indépendante et dans ce cas éventuellement munie d’un couvercle, soit composante d’une armoire dont elle forme un tiroir amovible. Son étymologie serait flamande (laeye, laede) et il semble du reste que ce soit dans un inventaire du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, époux de Marguerite de Flandre, qu’elle fasse son apparition dans la langue française en 1378 pour désigner (liette) une boîte de dragées fournies par un épicier de Dijon. Il faut attendre le début du XVe siècle pour que l’emploi du mot concerne plus fréquemment la conservation de documents et se substitue au latin scrinium. Dès lors et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la layette est associée aux archives, même si elle commence de désigner aussi le trousseau de vêtements dont on accompagne le nouveau-né que l’on met en nourrice.

La layette d’archives est avant tout un tiroir, éventuellement pourvu d’une indication écrite (étiquette ou inscription) qui en désigne explicitement à l’observateur extérieur le résumé du contenu ou fournit une référence à un plan de classement numérique ou alphabétique. Cette capacité du tiroir à ordonner autant qu’à conserver explique aussi son succès auprès des possesseurs de médailles ou de coquilles de cabinets de curiosités à l’époque de Louis XIV. Dans le domaine des archives, la layette est aux archivistes de l’époque moderne ce que le carton DIMAB a été à leurs successeurs des archives centrales de l’État depuis la fin du XXe siècle : un contenant évident, pratique et adapté. Il n’est guère de possesseur d’archives qui ne recourt à la layette pour ranger proprement et clairement ses titres, de la fabrique paroissiale à la municipalité (Avignon, Reims), en passant par les collégiales (Dole), les cours de justice (sénéchaussée de Périgueux), les hôpitaux (Hôtel-Dieu de Paris) ou les communautés de métier (Troyes).

Le cas le plus célèbre est évidemment celui des archives du roi où la layette structure littéralement le fonds du Trésor des chartes depuis son installation à la Sainte-Chapelle au XIIIe siècle sans doute. Les layettes sont pourvuse d’une cotation alphabétique entre 1325 et 1333. En 1370, Gérard de Montaigu signale ainsi dans son inventaire la présence dans l’armoire située à gauche de l’autel contenant le Trésor des particularia scrinia signata secundum ordinem alphabeti a littera A usque ad litteram P inclusive (« layettes marquées selon les lettres de l’alphabet de la lettre A jusqu’à la lettre P incluse »). Tous les inventaires médiévaux comme modernes du Trésor des chartes des rois de France observèrent méticuleusement la force de cet agencement mobilier, constant jusqu’à la Révolution qui probablement fit disparaître le plus célèbre travail des layetiers médiévaux d’Occident. [O.P.]

Bibliographie : Delaborde 1909. – Teulet 1863.